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Port l'étoile de Marie Redonnet

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    U n roman réaliste à l'écriture blanche qui interpelle dès les premières lignes. Tout se passe au quartier du Bois Dormant à Port l’Étoile , des noms poétiques et enchanteurs bien loin de  la  fragilité sociale du quartier. Tout de suite les personnages sont croqués, les anecdotes s'enchaînent, factuelles et sensibles, pour former petit à petit un paysage incertain et lumineux, porté par l'énergie de ceux qui ont déjà tout perdu . Comme un journal de bord , on suit l'histoire de cette femme plus toute jeune en exil qui remet ses compteurs à zéro . Nouvelle arrivante comme tant d'autres dans ce quartier tampon, elle souhaite oublier et se faire oublier, tout en essayant de croire à un possible nouveau départ . En tâchant de ne pas penser que où qu'on aille, on s'emporte avec soi et d'occulter que l'oubli n'est pas naturel...  Maria cherche à se réinventer, à redéfinir ses contours pour trouver la force d'avancer, à l'aide de Kovac, so...

La Dame Blanche de Christian Bobin

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  V oyage en poésie ! Comment mieux entrer dans la poésie de Christian Bobin qu'avec son merveilleux livre sur Émilie Dickinson ? Absolument admirable, c'est un enchantement de lecture , qui met en lumière l'étonnant destin de cette poétesse exaltée et insaisissable, secrète et détachée de la société mais tout à la fois profondément vivante et connectée à la beauté de la vie. Par petites scénettes joliment restituées, on s'abandonne à ces fragments de vie. Et comme un puzzle qu'on reconstitue petit à petit,  se dessinent alors les raisons d' une vie reculée et dépouillée, toute entière dédiée à l'esprit, face aux tourments de l’existence. Un récit à la portée cinématographique immédiate qui est une ouverture poétique sur le monde d’Émilie Dickinson. De prime abord, une vie paisible  : Émilie cuisant le pain chaque matin, prenant soin du jardin, et aux petits soins pour sa maman à la santé délicate et au mental fragile. Mais quand on cherche un peu plus lo...

La fille près du feu de Tiphaine LE GALL

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  P our bien commencer l'année, voici un roman particulier qui bouscule les certitudes. Un roman sur le crime d'aimer. On fait face à une amoureuse de l'amour, essayant soigneusement de coller à une vie parfaite avec son mari qu'elle aime et ses enfants. Quand soudainement elle dérape, c'est pour se perdre dans le feu dévorant et intransigeant de l'adultère. Si longtemps elle lutte pour préserver la grâce des moments, elle finit par rendre les armes, et brûle l'amour par tous les bouts, se consume, en espérant renaitre, peut-être. Un récit qui allie finesse d'écriture et d'analyse de la  psychologie humaine . On en peut pas avoir une perception aussi fine de cette situation amoureuse sans l'avoir vécue. De fait, ce récit s'inspire directement de la vie de l'autrice. Il a le goût des larmes et du désespoir. Mais aussi de la résilience et de la pugnacité à réussir à aller de l'avant !  C'est une histoire vraie, une histoire d...

King Kasaï de Christophe Boltanski

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  U ne nuit à l'Africa Museum. Qui veut ?  Sous un éclairage des plus limités, accueillant les curieux par un dédale souterrain dans une ambiance sinistre, ce musée, peinant à susciter l'adhésion de jour, achève de totalement déstabiliser la nuit. Animaux empaillés ou conservés dans du formol, armes, photos d'archives troublantes sans oublier les statues saisissantes et les reconstitutions embarrassantes... Ce musée, loin de faire rêver ou de susciter l'enthousiasme des nouveaux savoirs, fait plutôt partie de ceux qu'on aimerait éviter.   Et pour cause, au départ il s'agit d'un musée consacré à la gloire coloniale, anciennement Musée royal de l'Afrique centrale. Un musée un peu lourd à porter, qu'on a souhaité moderniser et réhabiliter un siècle après sa construction. Mais quelques rafraichissements et un nouveau nom suffisent-il à faire oublier un passé honteux ? On aimerait s'attendre à une condamnation du passé et à un hommage à l'Afriqu...

10, villa Gagliardini, de Marie Sizun

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    Q u'il est frais et délicat, le doux tintement des souvenirs, lorsqu'ils sont racontés par Marie Sizun ! Avec une poésie naturelle, elle déroule le fil de ses jeunes années, et surtout nous fait entrer dans le lieu qui a cristallisé son enfance : un tout petit appartement, guère plus grand qu'un studio, au 10 villa Gagliardini. Un studio à l'adresse chantante, qui aurait tout aussi bien pu être un château dans le regard émerveillé de la toute petite fille qu'elle était , chérissant amoureusement chaque recoin, s'inventant des mondes sans fin, sous le regard fragile et aimant de sa maman. Et tournent les années... la petite fille grandit, et son monde bascule avec le retour de la guerre du papa, l'arrivée du petit frère, et puis le divorce, la pauvreté, la promiscuité. L'absence parfois cruelle de salle de bain.  De bébé à jeune fille, la narratrice oscille entre amour et colère face à ce petit appartement, avec une force à la hauteur de ce qu'o...