L' empereur c'est moi, d 'Hugo HORIOT

  


Après la mère, je demande le fils ! La semaine dernière je vous ai présenté le livre de Françoise Lefèvre, son vécu en temps que maman d'un enfant dont les codes de communication et de compréhension du monde étaient hors norme. 

Ce qui est incroyable, et qui n'a pas manqué d'échapper à la sagacité de l'une d'entre vous (une petite bise à celle qui se reconnaitre 😊 ), c'est que l'enfant en question a pris la plume à son tour pour répondre à sa mère et donner son ressenti de ses premières années de vie si intenses. 

Et c'est une chance assez rare de pouvoir d'une part avoir le témoignage d'un enfant autiste aussi précis et ouvert au dialogue (même si c'est après coup ) ;  et d'autre part, de pouvoir mettre en regard ces deux témoignages, 30 ans après  ! C'est édifiant, et donne à réfléchir sur la prise en charge des enfants différents.

Du fait de sa mémoire assez étonnante, il a pu retranscrire ses émotions, ses réflexions, ses projets de l'époque... comme s'il y était la veille. Il a souhaité donner sa vision du monde et de la vie telle qu'il l'avait enfant, puis grandissant et enfin adulte. Ainsi offrir des clés supplémentaires pour comprendre l'autisme .

Derrière le chemin de croix de Françoise Lefèvre, derrière sa pugnacité à sauver son fils envers et contre lui-même, quitte à se faire violence et à mettre de côté sa vie d'écrivain, on découvre donc la réalité que cachait ce mystérieux petit bonhomme. Un intelligence hors du commun. À peine né que le monde qui l'entoure est synonyme d'agression et de danger. Ce qui fait naitre chez lui un désir secret de retrouver la quiétude du ventre de sa mère. En parallèle, un projet de vie est aussitôt mis en marche pour maitriser ce qui est source d'angoisse : un besoin de comprendre la marche de l'Univers pour enfin y trouver sa place, quoi qu'il lui en coûte ; et enfin cacher sa peur de l'extérieur en engageant un combat fait de silence ou de cris et de mépris envers ceux qui ne l'acceptent pas.

 Ce témoignage révèle de la détresse et de la douleur tout autant qu'une force de vie formidable et fascinante. C'est avec émotion que l'on découvre la solitude, la violence des sentiments, mais aussi la sensation de puissance absolue de ce tout petit enfant. Ces aveux désarmants sur sa façon d'être et de décrypter son environnement touchent profondément, tout en étant également déstabilisants. On ne s'attend pas à cette maturité de réflexion absolument déconcertante à seulement 4 ans ! Certaines idées, noires et violentes, sont troublantes. 

Hugo évoque sa frustration de se sentir si impuissant alors qu'il voit si grand, il évoque le rejet, le fossé le séparant de ses camarades de classe (autant que de ses professeurs ), années après années, avant de découvrir enfin le théâtre, discipline salvatrice où il pourra enfin s'oublier, se projeter et s'accomplir.

Il nous interroge et nous incite à nous réinventer pour prendre en charge des êtres si denses et en même temps si fragiles. Cela met en lumière le travail laborieux et infini pour adapter les accompagnements à toutes les manières de vivre l'autisme. Mais aussi, c'est un formidable message d'espoir, un parcours inspirant qui prouve que rien n'est impossible ! Une incroyable leçon de vie, bravo, et merci !

 

Les références du livre :

Hugo HORIOT, L'empereur c'est moi, Le livre de Poche, août 2016, 164 p.



                                                     

                                                 

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