Le Petit Prince cannibale, de Francoise LEFEVRE

 


 Ce récit est celui d'une écorchée vive. Une femme -  une écrivain -  à fleur de peau, dont les rapports à la vie et aux éléments sont toujours entrés en dissonance par rapport à ceux des autres. La plupart du temps incomprise, peinant à trouver sa place parmi les autres.

 Une femme devenue mère de quatre enfants, dont un différent. Dont les rapports à la vie et aux éléments sont toujours entrés en dissonance par rapport à ceux des autres. Incompris. Peinant à trouver sa place parmi les autres.

 Ensemble, par le truchement d'heures acharnées à combattre l'autisme, souvent sans aide extérieure, ce duo fusionnel va s'extraire de leurs difficultés à être au monde, pour trouver et revendiquer leur place dans la société.

De manière percutante, parfois chaotique mais toujours sans fard, elle livre presque crûment la vérité nue du quotidien avec son fils. Les cris envahissants, le désespoir face à ce travail titanesque qui est celui de trouver la porte d'entrée pour entrer en relation avec son fils. Ses combats à bras le corps, au sens propre comme au sens figuré, pour le faire exister et lui donner les clés de la communication, lui offrir un passeport pour être accepté dans une société normée.

Ce témoignage parle de la solitude crasse face au handicap, le néant que l'on peut ressentir face à l'ampleur de la tâche, qui semble même indéchiffrable. Comment apprivoiser le monde dans lequel vit son enfant, pour ensuite bâtir des ponts solides avec celui dans lequel nous vivons nous ? Ce livre parle aussi de l'incompréhension de l'entourage proche - ou non - et de leur jugement facile.

 On se sent légèrement bousculé par cette écriture crépusculaire où tout devient possible : la frontière entre rêverie et réalité semble frêle, parfois même inexistante. L'univers de l'écrivain, qui l'appelle, qui l'aspire presque parfois, s'entrechoque avec celui de la mère charnelle et tourmentée qu'elle est par ailleurs. Cette dualité nécessaire se ressent de manière troublante dans ce récit, dévoilant le chaos inévitable lié à ce quotidien acharné, et la difficulté à trouver un équilibre salvateur.

 Dans l’adversité, on peut être capable du pire comme du meilleur. Alors que cette maman est poussée dans ses retranchements, devant faire face à un combat vertigineux, est sortie du plus profond d'elle même une énergie du désespoir comparable à une force dévastatrice et créatrice.  Celle-là même qui l'avait portée pour l'écriture de ses ouvrages et qui a pris le relais ici, et lui a permis de dépasser les difficultés dans lesquelles son fils et elle semblaient enlisés. 

Ce livre est l'appel d'une maman qui a traversé des tempête et réclame le droit d'être entendue et reconnue ; une maman qui s'est tout d'abord noyée pour mieux renaitre de ses cendres. 

À travers une écriture plurielle dont pourtant la justesse est remarquable, l'auteur nous emmène dans la sphère de l'intime sans fausse note. Elle revient sur ce long parcours, avec fierté et intelligence, et témoigne de ce cheminement qui a profondément marqué sa vie. Rétrospectivement, ce terrifiant combat du quotidien résonne comme un long cri dans un silence assourdissant. Une rage de vivre et de s'en sortir pour ce duo soudé et magnifique entre cette mère et son fils. Et aussi un bouleversant partenariat qui a tenu bon, contre vents et marées, et dont la pugnacité a permis des éclaircies dans leur quotidien, puis un avenir possible pour son enfant. 

 Un livre à part dans le paysage littéraire français ! Faites cette découverte, osez cette expérience de lecture unique ! Cette défense des enfants différents et de l'autisme en particulier ne devrait pas vous laisser de marbre. Bonne lecture !


Les références du livre :

Françoise LEFEVRE, Le Petit Prince cannibale, Babel, août 2005 (première édition 1990), 158p.

 

                                       

                                                 

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