Naufragés, de Fernando MONACELLI

  
La solitude en littérature, thème si riche, si vertigineux , a toujours exercé sur moi une attraction impulsive ! Elle peut être synonyme de vide, de néant, de peur d'affronter la vie, de tristesse infinie, et peut tout  aussi bien être parée de vertus, synonyme de profondeur et de méditation. Mais toujours derrière, un aura de mystère, de dénuement qui m'émeut profondément.
 
Dans ce magnifique roman d'une finesse et d'une délicatesse remarquables, tous les personnages  sont des naufragés : mère, fils, grands-mères et personnages gravitants autour d'eux...
Comment sortir de cette accablante torpeur où nous englue la solitude ? Quand on est presque perdu à soi-même, comment retrouver sa place de femme/d'homme, de mère, de père, d'ami-e ?
 
Dans une Argentine meurtrie par la guerre, la corruption et la crise économique, Dona Ana survit avec l'espoir de retrouver son petit-fils. Pour ce faire, elle fait appel à Célina. 
 Célina, frappée par le départ inattendu de son mari, s'est retirée en elle-même, loin de la douleur, de l'abandon, loin de la vie qui continue, loin de son fils de 6 ans, qui grandit auprès de sa grand-mère. Elle s'est réfugiée dans l'exercice de son métier, où elle a acquis une réputation de journaliste implacable. 
Et les hommes dans cette histoire ? Pour la plupart disparus, en fuite, en détresse, incapables de trouver leur place dans leur foyer et dans leur pays...

Roman sur la solitude et la détresse, mais aussi roman sur la maternité, où la difficulté d'être mère est pudiquement racontée. Naissance, deuil : quand les repères volent en éclat, quand affronter le monde devient un combat et qu'on ne sait plus se maintenir à flot, assumer la responsabilité d'un enfant semble écrasante. 
 
C'est autour de ces deux thèmes que se joue cette danse familiale, qui amènera les personnages à doucement s'accepter et à s'apprivoiser. Car quand même, malgré tout, de petits éclats d'espoir, d'amour, de confiance parsèment le récit ; donnant envie de croire que tout est encore possible.

Un petit bijou de roman bien rythmé et savoureusement construit, foncez !

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